Dr Robert Myette
Prix : Bourse Nouveaux chercheurs KRESCENT
Établissement : Institut de recherche du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO)
Année : 2026-2029
Titre du l'étude : Les VE dans l’urine en présence du syndrome néphrotique : biomarqueurs ou facteurs de causalité?
Sujet(s) : Glomérulonéphrite
Biographie
Le Dr Robert Myette est pédonéphrologue et chercheur au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO) et à l’Institut de recherche du CHEO, professeur adjoint à l’Université d’Ottawa et titulaire de la chaire de recherche de la Fondation du CHEO en néphrologie pédiatrique. Ses recherches portent sur les mécanismes cellulaires sous-jacents au syndrome néphrotique pédiatrique, avec un accent tout particulier sur les lésions podocytaires, la biologie des vésicules extracellulaires et la communication entre les cellules rénales.
Résumé grand public
Contexte : Le syndrome néphrotique (SN) est l’une des maladies rénales les plus courantes chez les enfants. Le SN s’accompagne d’une fuite importante de protéines dans l’urine, ce qui entraîne un gonflement des tissus, un risque accru d’infection, la formation de caillots sanguins et l’apparition précoce de problèmes cardiaques. Il en résulte un fardeau considérable pour les enfants, leurs familles et le système de santé. La cause principale du SN est inconnue, mais le traitement est standardisé : les enfants reçoivent de fortes doses de stéroïdes. Ce traitement entraîne souvent des effets secondaires désagréables, comme une prise de poids et des changements d’humeur. On ne sait pas exactement qui aura besoin d’un seul cycle de traitement et qui en nécessitera plusieurs. Nous devons améliorer le diagnostic et le traitement du SN et réduire l’exposition aux stéroïdes afin de minimiser ces effets secondaires.
But : Pour y parvenir, nous cherchons à mieux comprendre les podocytes, des cellules rénales formant une sorte de tamis qui filtre le sang et empêche la fuite de protéines. Le SN est une maladie des podocytes. Lorsque ces cellules sont soumises à un stress, elles libèrent dans l’urine de petites particules appelées vésicules extracellulaires (VE), ce qui nous permet d’étudier leur fonctionnement interne des podocytes sans avoir à recourir à une biopsie invasive. Notre groupe a démontré que les enfants atteints du SN présentent des taux plus élevés de ces VE dans leur urine. Dans le cadre de ce projet, nous nous concentrerons sur la formation de ces VE et sur la manière dont des protéines spécifiques sont sélectionnées et conditionnées, en accordant une attention particulière à une protéine appelée S100A10, qui semble contribuer à réguler ce processus. Nous étudierons les VE à l’aide de podocytes en laboratoire et d’échantillons d’urine d’enfants. Comme nous ne pouvons pas connaître la « liste de colisage » complète des éléments conditionnés dans les VE, nous devons les étudier de près en laboratoire pour comprendre chaque composant. Cela permettra de clarifier le comportement des podocytes dans des conditions normales et pathologiques.
Méthodologie : Notre premier objectif est de comprendre la « liste de colisage » à l’intérieur des VE en laboratoire. Dans un deuxième temps, nous voulons comprendre comment les VE sont chargées et libérées par les podocytes. Plus précisément, nous examinerons comment la protéine S100A10 joue un rôle de coordination au sein de la cellule, contribuant à réguler la formation des VE et la sélection des protéines destinées à être conditionnées. En étudiant minutieusement la manière dont les VE sont formées et chargées, nous pourrons déterminer si ce processus est organisé et ciblé plutôt que aléatoire.
Résultats escomptés : En nous appuyant sur nos travaux démontrant que les VE issues des podocytes sont en quantité accrue chez les enfants atteints du SN, nous prévoyons que les VE diffèrent par leurs « listes de colisage », ce qui suggère que le podocyte sélectionne des contenus différents dans des conditions différentes. Nous pensons que la protéine S100A10 contribue à organiser ce processus de sélection, ce qui signifie que le conditionnement est contrôlé plutôt qu’aléatoire. Ces éléments sélectionnés nous aideront à expliquer pourquoi ils sont conditionnés et comment ils reflètent la santé du podocyte. La compréhension de cette « liste de colisage » pourrait aider à déterminer quels enfants répondront aux stéroïdes et lesquels pourraient nécessiter d’autres traitements.
Mobilisation des patients : Grâce à notre travail au sein de notre clinique de néphrologie au CHEO et à notre collaboration avec le Research Family Leader Program de l’Institut de recherche du CHEO, nous veillerons à ce que nos recherches restent centrées sur le patient et qu’elles soient ainsi pertinentes. Nous communiquerons nos conclusions par le biais de résumés grand public, d’infographies et d’une « Soirée sur le syndrome néphrotique » au CHEO s’adressant directement aux familles (voir la lettre de soutien).
Pertinence pour les patients / la communauté : Ce travail concerne directement les enfants et les familles touchés par le SN. Le traitement repose sur l'administration de fortes doses de stéroïdes, qui entraînent des effets secondaires importants. Or, 10 à 20 % des enfants présentent une résistance aux stéroïdes. En comprenant comment se forment les VE issues des podocytes et comment des protéines clés régulent ce processus, nous espérons clarifier les mécanismes de la maladie et améliorer le diagnostic ainsi que les stratégies en matière de traitement.
Conclusion : Cette recherche s’appuie sur les travaux antérieurs que nous avons menés pour mieux comprendre les VE issues des podocytes dans le SN (Subvention de recherche sur la santé des reins de la FCR), non seulement en tant que biomarqueurs non invasifs de la réponse aux stéroïdes, mais aussi en tant qu’indicateurs de la libération contrôlée de signaux précis découlant du stress dans les podocytes. En dévoilant les mécanismes moléculaires qui régissent la formation et le conditionnement des VE, nous nous rapprochons de la compréhension des causes profondes de cette maladie. Ces travaux pourraient changer les traitements offerts aux enfants et aux adolescents atteints du SN. En tant que clinicien, je côtoie ces patients tous les jours, d’où ma volonté de développer des approches thérapeutiques plus efficaces et personnalisées.