Jennifer Lake, PhD
Directeur(s) de recherche : Dre Alexandra Cambier et Dre Isabelle Sirois
Prix : Bourse de postdoctorat KRESCENT
Établissement : Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine
Année : 2026-2029
Titre du l'étude : Éclaircir les mécanismes de l'activation du complément dans la glomérulosclérose focale segmentaire
Sujet(s) : Glomérulonéphrite
Biographie
Jennifer Lake, Ph. D., est chercheuse-boursière de niveau postdoctoral au CHU Sainte-Justine et à l’Université de Montréal, sous la direction de la Dre Alexandra Cambier et la codirection d’Isabelle Sirois, Ph. D. Elle a obtenu son doctorat à l’Université de Zurich, où elle a étudié les mécanismes moléculaires à l’origine des maladies rénales héréditaires en se concentrant plus particulièrement sur le rôle de l’agrégation de l’uromoduline dans la néphropathie tubulo-interstitielle autosomique dominante. Elle a ensuite effectué un stage postdoctoral à l’Institut Necker Enfants Malades à Paris, où elle a utilisé la protéomique urinaire pour identifier des biomarqueurs non invasifs et des cibles thérapeutiques dans la polykystose rénale autosomique dominante. Ses recherches intègrent la protéomique, la biologie des vésicules extracellulaires et la néphrologie translationnelle afin de découvrir les voies moléculaires à l’origine des maladies rénales et de les transformer en des biomarqueurs exploitables cliniquement. Ses travaux actuels visent à définir des signatures de l’activation du complément spécifiques à certaines voies dans le syndrome néphrotique pédiatrique, à l’aide d’analyses protéomiques avancées du plasma, de l’urine et des vésicules extracellulaires urinaires. En identifiant des panels de biomarqueurs fondés sur les mécanismes sous-jacents, capables de distinguer la glomérulosclérose focale segmentaire du syndrome néphrotique à lésions glomérulaires minimes, de prédire la progression de la maladie et de révéler des voies du complément ciblables, ses travaux visent à faire progresser la médecine de précision pour les enfants atteints de maladies glomérulaires.
Résumé grand public
Contexte : Le syndrome néphrotique idiopathique (SNI) est la maladie rénale la plus courante chez les enfants. Il se caractérise par une fuite importante de protéines dans l’urine. Cela entraîne des œdèmes, des infections, des caillots sanguins et, dans les cas graves, une insuffisance rénale. Le SNI se présente sous deux formes principales : le syndrome néphrotique à lésions glomérulaires minimes (SNLGM), qui répond généralement bien au traitement par stéroïdes, et la glomérulosclérose segmentaire focale (GSF), qui est souvent résistante aux stéroïdes et qui entraîne un risque plus élevé de lésions rénales irréversibles. Le diagnostic précoce de la GSF est difficile, car il nécessite une biopsie rénale invasive. Les enfants peuvent donc subir un retard de diagnostic et être exposés pendant une période prolongée à des traitements inefficaces accompagnés d’effets secondaires importants. Il est urgent de mettre au point des tests non invasifs permettant de diagnostiquer la GSF plus tôt et d’orienter les décisions thérapeutiques. Des recherches récentes donnent à penser que le système du complément, une partie du système immunitaire, pourrait jouer un rôle important dans la dégradation de la fonction rénale associée à la GSF. Le système du complément est un groupe de protéines présentes dans le sang qui aident normalement à combattre les infections. Cependant, lorsqu’il devient hyperactif, il peut endommager les cellules rénales. Nous pensons que la mesure de l’activité du complément dans le sang et l’urine pourrait nous aider à mieux comprendre, diagnostiquer et, à terme, traiter la GSF chez les enfants.
But : Nous visons à identifier une signature de l’activation du complément chez les enfants atteints de GSF. Plutôt que de nous appuyer sur un seul marqueur, nous développerons un panel multiplex, c’est-à-dire une combinaison de protéines et de fragments liés au complément, afin de : (i) distinguer la GSF du SNLGM sans biopsie, (ii) prédire la gravité et la progression de la maladie et (iii) identifier les mécanismes du complément en vue d’une intervention thérapeutique.
Méthodologie : Nous étudierons des échantillons de sang et d'urine d'enfants et d'adultes chez lesquels un diagnostic de SNI a été posé. Nous utiliserons des techniques avancées de spectrométrie de masse, des méthodes innovantes d'analyse des protéines, pour mesurer les protéines du complément et leurs produits de dégradation. Ces méthodes nous permettent de détecter de petits fragments de protéines qui indiquent des processus pathologiques. D’abord, nous réaliserons un profilage protéique global afin d'obtenir une vue d'ensemble de la situation. Ensuite, nous utiliserons des techniques spécialisées pour identifier des fragments spécifiques du complément. Ces fragments sont comme des empreintes laissées lorsque le système du complément est activé. Nous isolerons également des particules présentes dans l’urine, appelées vésicules extracellulaires, qui sont libérées par les cellules. Elles transportent des protéines provenant des reins et peuvent contenir des indices importants sur la manière dont le complément endommage le tissu rénal. Après avoir identifié des biomarqueurs prometteurs, nous confirmerons nos résultats à l’aide d’épreuves immunoenzymatiques, qui sont des tests supplémentaires pouvant également être utilisés en milieu clinique. Enfin, nous comparerons notre signature du complément avec des informations cliniques telles que les résultats de biopsie, la réponse au traitement, la fonction rénale et la progression de la maladie.
Résultats escomptés : Nous prévoyons constater que les enfants atteints de GSF présentent un profil d'activation du complément distinct de celui des enfants atteints du SNLGM. Nous nous attendons à ce qu’une combinaison de biomarqueurs permette d'améliorer la précision du diagnostic. Ce panel multiplex pourrait améliorer notre capacité à détecter la GSF plus tôt, à prédire la gravité de la maladie et à assurer son suivi. Nos résultats pourraient également mettre en évidence des composantes spécifiques du système du complément qui pourraient être ciblées par des traitements futurs.
Mobilisation des patients : Notre projet accorde la priorité à la collaboration avec des patients et des parents partenaires dès le départ. Leur implication dans la conception de l'étude et l'évaluation des biomarqueurs permettra de garantir l’identification de biomarqueurs cliniquement pertinents et de traitements bien tolérés, et ce, en vue d’améliorer la qualité de vie des patients. L'engagement continu des patients partenaires dans le cadre de réunions de recherche et d’événements destinés aux familles permettra de communiquer clairement les résultats et d’adapter les outils diagnostiques futurs aux besoins des patients.
Pertinence pour les patients / la communauté : L’incertitude, les biopsies invasives et une exposition prolongée à des médicaments qui peuvent ne pas être efficaces sont souvent le lot des enfants atteints de GSF. Notre recherche vise à réduire cette incertitude pour ces enfants et leurs familles. En développant un test non invasif, nous espérons améliorer le diagnostic précoce et orienter les décisions thérapeutiques. Un diagnostic plus précoce contribuera à prévenir la dégradation de la fonction rénale, à optimiser le traitement et à minimiser l’exposition inutile aux stéroïdes, ce qui sera particulièrement bénéfique pour les enfants vivant dans des régions isolées où l’accès à des soins spécialisés en néphrologie est limité. À long terme, l’identification des voies spécifiques du complément en jeu dans la GFS pourrait mener à des traitements ciblés.
Conclusion : La GFS est une maladie rénale infantile grave, difficile à diagnostiquer précocement et à traiter efficacement. Notre objectif est de développer un panel diagnostique non invasif basé sur le complément qui améliore la classification, prédit la progression de la maladie et jette les bases de thérapies de précision pour améliorer à terme la qualité de vie des enfants atteints de GFS.