Luxcia Kugathasan, PhD
Directeur(s) de recherche : Dr David Cherney
Prix : Bourse de postdoctorat KRESCENT
Établissement : Réseau universitaire de la santé
Année : 2026-2029
Titre du l'étude : Protéger les reins des patients atteints de diabète de type 2 : exploration d’une nouvelle option abordable avec l’acétazolamide
Sujet(s) : Maladie rénale chronique
Biographie
Luxcia Kugathasan est une chercheuse-boursière de niveau postdoctoral au sein du laboratoire de physiologie rénale du Toronto General Hospital, à l'University Health Network, où elle travaille avec le Dr David Cherney. Ses recherches portent sur les mécanismes sous-jacents aux maladies cardio-réno-métaboliques, avec un accent particulier sur les inhibiteurs du cotransporteur sodium-glucose de type 2 (SGLT2) et sur les nouvelles stratégies thérapeutiques pour la maladie rénale chronique et le diabète. Elle intègre à ses travaux des approches physiologiques, basées sur les biomarqueurs et centrées sur le patient, afin d’améliorer les résultats cliniques chez les personnes présentant un risque élevé de maladies cardiovasculaires et rénales. Elle s’emploie à promouvoir des soins rénaux équitables et fondés sur des données probantes, par le biais de la recherche, du mentorat et de l’engagement communautaire.
Résumé grand public
Contexte : Près d’une personne sur deux au Canada vivant avec un diabète de type 2 (DT2) souffre également de MRC. L’apparition de la MRC réduit considérablement la qualité et l’espérance de vie des patients et représente un lourd fardeau pour le système de santé. Les traitements actuels peuvent contribuer à ralentir la dégradation de la fonction rénale, mais ils ne s’attaquent pas complètement à la cause profonde de la maladie. Notre recherche porte essentiellement sur l’une de ses causes précoces, l’hyperfiltration. C’est ce qui se passe lorsque les reins travaillent trop et qu’ils filtrent le sang trop rapidement. Avec le temps, cela provoque une hypertension artérielle dans les unités de filtration délicates des reins, ce qui entraîne une fuite de protéines dans l’urine et une dégradation de la fonction rénale.
But : Notre étude vise à déterminer si l’acétazolamide, un médicament peu coûteux, peut réduire l’hyperfiltration et prévenir la dégradation de la fonction rénale. L’acétazolamide agit en modifiant la façon dont les reins traitent le sodium, ce qui pourrait contribuer à réduire l’hyperfiltration. Nous nous intéressons tout particulièrement à la manière dont l’acétazolamide pourrait agir en association avec la dapagliflozine, une molécule déjà approuvée pour les personnes atteintes de DT2 et connue pour protéger les reins. La dapagliflozine modifie également la façon dont les reins traitent le sodium et réduit l’hyperfiltration, mais en agissant sur une cible différente.
Méthodologie : Nous proposons une étude multicentrique de 12 semaines portant sur des personnes atteintes de DT2 et présentant des signes précoces de MRC afin de tester si l’acétazolamide procure des bénéfices supplémentaires aux reins lorsqu’il est ajouté au traitement standard par inhibiteur du SGLT2, la dapagliflozine. En tout, 64 personnes seront recrutées au Toronto General Hospital, au St. Paul’s Hospital et au Vancouver General Hospital. Tous les participants prendront déjà de la dapagliflozine et seront répartis de manière aléatoire pour recevoir de l’acétazolamide ou un placebo pendant 12 semaines, sans savoir de quel traitement il s’agit. La fonction rénale et d’autres paramètres seront évalués après 2 semaines de traitement, après 12 semaines de traitement, puis à nouveau 2 semaines après l’arrêt du médicament à l’étude. Nous surveillerons de près la fonction rénale, les taux de protéines dans l’urine, la tension artérielle, les marqueurs de la santé cardiaque et rénale ainsi que la sécurité du médicament afin de comprendre comment l’acétazolamide affecte les reins lorsqu’elle est utilisée en association avec la dapagliflozine.
Résultats escomptés : Nous prévoyons que l'ajout de l’acétazolamide à la dapagliflozine réduira temporairement la pression de la filtration rénale et qu’une stabilisation s’ensuivra avec le temps. Nous nous attendons également à ce que l'acétazolamide réduise la fuite de protéines dans l'urine, un marqueur important de la dégradation de la fonction rénale, tout en étant sans danger et bien tolérée. Les résultats de cette étude fourniront des informations importantes permettant de déterminer si l’acétazolamide pourrait constituer un traitement d’appoint utile pour protéger la santé rénale des personnes atteintes de DT2. Ces résultats contribueront à orienter la conception de futurs essais à plus grande échelle visant à ralentir la progression de la MRC et à améliorer les résultats à long terme sur les plans cardiaque et rénal chez les populations à haut risque.
Mobilisation des patients : Nous travaillons en étroite collaboration avec nos patients partenaires qui peuvent témoigner de leur vécu avec le diabète et la MRC. Dès le début, ils ont contribué à la conception de cette étude en donnant leur avis sur le calendrier des visites, le matériel de communication et l’orientation générale de la recherche. Leurs témoignages nous ont été précieux pour faire en sorte que cette étude reflète des priorités et des préoccupations bien concrètes. Nos patients partenaires nous aideront également à expliquer les résultats de manière claire et pertinente – par exemple en créant des vidéos, des infographies et des documents à distribuer – afin que ces informations soient accessibles et utiles à d’autres patients, à leurs familles et à leurs communautés.
Pertinence pour les patients / la communauté : Le coût constitue un obstacle majeur aux soins. De nombreux médicaments utilisés pour traiter la MRC coûtent des milliers de dollars par an et ne sont pas toujours entièrement pris en charge par l’assurance. Nos patients partenaires ont qualifié cette pression financière d’écrasante en insistant sur leur souhait de « simplement bénéficier d’un traitement efficace et abordable ». L’acétazolamide n’est plus protégée par un brevet et, si elle s’avère efficace en complément des traitements actuels, elle offrira une nouvelle option thérapeutique peu coûteuse pour protéger la fonction rénale. Notre recherche ne comble pas seulement une lacune médicale, mais aussi une lacune sociale : rendre les soins rénaux plus accessibles à tous, et pas seulement à ceux qui peuvent se permettre des médicaments coûteux.
Conclusion : Cette étude sera la première à évaluer l’acétazolamide en association avec la dapagliflozine chez des personnes atteintes de DT2. Si l’acétazolamide s’avère efficace, elle pourrait offrir une nouvelle option thérapeutique abordable aux personnes atteintes de DT2 pour prévenir l’apparition d’une insuffisance rénale. Cela pourrait contribuer à protéger la fonction rénale, à réduire le recours à des traitements coûteux et à soulager la pression sur les systèmes de santé. À long terme, cette étude pourrait améliorer la santé et le bien-être de nombreuses personnes atteintes de MRC et de diabète.